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[03.10.06 | 7667 km] Cette place au pied de la gare de Nova Gorica est le lieu le plus emblématique de l’histoire des deux villes. Inaugurée le 1er mai 2004, jour de l’entrée de la Slovénie dans l’U.E., elle ne possède pourtant aujourd’hui toujours pas de nom. La cérémonie d’inauguration a eu lieu en présence des maires des deux communes mais aussi de diplomates et surtout du président de la commission européenne de l’époque: Romano Prodi. C’est le symbôle de la réunion de Gorizia et de Nova Gorica mais les deux parties ne sont toujours pas tombées d’accord au sujet de son appellation: les Italiens revendiquent le nom de « piazza transalpina » alors que les Slovènes sont attachés à l’appellation « Kolodvorska », nom de la rue qui la dessert côté slovène. Ce petit désaccord trahit la difficulté des relations entre les deux côtés et ne peut être compris qu’au regard de l’analyse de l’histoire complexe que les deux villes entretiennent avec la frontière.

Durant les deux Guerres Mondiales, Gorizia connut une histoire très mouvementée passant de l’empire austro-hongrois à l’Italie (1918) (elle s’appelait alors Görz), annexée par l’administration allemande de 1943 à 1945 puis, après une brève période sous contrôle d’un côté anglo-américain, russe de l’autre, elle fût restituée à partir de 1947 dans sa quasi-totalité à l’Italie. La Yougoslavie n’ayant obtenu que la gare. Depuis environ une centaine d’années cohabitaient une population d’origine italienne et slovène. La ville de Gorizia constituait un pôle d’attraction aussi bien pour les uns que pour les autres. Après deux années d’occupation anglaise, française, américaine et russe, c’est le tracé proposé par les Français à Paris qui a été retenu en 1947. A la suite de l’édification de cette nouvelle frontière, la « french line », qui octroyait à l’Italie la quasi-totalité de la ville, les Slovènes alors Yougoslaves avaient perdu leur point de centralité. C’est ce qui poussa Tito à ériger une ville nouvelle, Nova Gorica, autour de la gare qui curieusement était elle restée de ce côté. Des travailleurs sont venus de l’ensemble de la Yougoslavie et le chantier a commencé en 1948.

Aujourd’hui, le centre de Nova Gorica compte près de 14 000 habitants. La ville possède de nombreuses écoles même des universités. La mise en place de la frontière s’effectua en une nuit, du 15 au 16 septembre 1947. Un muret surmonté de grillage fut établi. A partir de cette date, celui qui avait décidé de rester d’un côté (à cause de son travail, de ses études, etc...) ne pouvait plus revenir sur sa décision. C’est ainsi que les membres de nombreuses familles furent séparés. Durant les années qui suivirent, la présence militaire était extrêment stricte et les relations entre les membres de ces familles éclatées étaient impossibles. Elles se limitaient à ce que les autorités toléraient: ainsi, une fois par mois, des habitants des deux côtés se regroupaient de part et d’autre de la frontière et échangeait des signes au-delà de la barrière. Ils n’étaient pas autorisés à échanger un seul mot entre-eux. Les enfants, les parents ne pouvaient communiquer qu’en s’observant. Au fur et à mesure, les restrictions se sont assouplies et les membres des familles ont pu se rendre visite. D’abord une fois par mois, puis deux, puis sans restriction. Malgré cet assouplissement, le mur séparant les villes n’a été démantelé qu’en 2004 et la démarcation est aujourd’hui encore bien perceptible. Le tracé de la frontière passe à 38 mètres de la porte d’entrée principale de la gare. Celle-ci, construite par les Autrichiens il y a plus de 100 ans, possède ainsi une valeur symbolique importante. Alignée dans l’axe d’une rue italienne, elle a été désignée pour porter sur son toit pendant la période communiste le symbole du régime yougoslave: l’étoile rouge.

Ce qui s’apparente au parvis de cette gare a été choisi pour l’édification d’une place à cheval sur la frontière. Le mur ayant été détruit, une mosaïque représentant les fragments du numéro de la borne frontière qui se trouvait à cet endroit a été inaugurée le 1er mai 2004. Plus de barrière, juste des pots de fleurs alignés le long du tracé de la frontière. Cependant, chose surprenante, ce lieu qui s’apparente à celui de la réunion n’est officiellement pas franchissable: un panneau d’information signale qu’il est interdit de traverser la frontière à cet endroit. Il est autorisé de passer de l’autre côté mais uniquement sur le périmètre de la place! Depuis 2005, dans une des ailes du bâtiment, un musée de la frontière a été inauguré. Il retrace l’histoire complexe de ces deux villes qui ne semble pas être connue de tous les habitants, notamment en Italie.